La rage me monta des tripes et je ne pus m’empêcher de crier :
- Et mes fleurs ! Avez-vous pensé à elles ? Et mes arbres, ma verdure, mon oxygè ne, ma chlorophylle ?
Le policier me scruta d’un regard glacial et vociféra :
- Vous savez parfaitement que vous n’avez pas le droit de planter des fleurs ou des légumes, c’est interdit. Vous risquez une forte amende Madame !
Il ne plaisantait pas, hélas, je ne le savais que trop. Nous étions en l’an 2040, et la terre de mes ancêtres a fini par disparaître complè tement du globe. Cette ville et bien d’autres ne sont que du béton : « béton armé ou armé de béton ».Pour moi je ne vois aucune différence, j’ai eu 95 ans et je n’ai plus envie de me battre contre des moulins à vent. Je suis la derniè re personne qui ait eu le privilè ge de conserver un peu de notre terre, un peu d’histoire du monde.
Je n’ai même pas envie de pleurer, depuis bien longtemps je ne pleure plus. Mon pauvre mari qui est mort l’année derniè re n’aurait pas supporté cela aujourd’hui, il serait mort de chagrin. Lui, qui aimait tant notre jardin, notre terre. En trois seconde toute une civilisation s’anéantit sous les bétonniè res.
Plus une seule fleur, plus un brin de verdure, rien n’a résisté à cette hécatombe.Quelques écologistes avaient essayé vainement de se révolter, peine perdue, ils se sont vite essoufflés pour rien. Et la nouvelle génération se montre incapable, irresponsable. Quelle triste époque nous vivons là !