-Non, puisqu'ils sont sacrés ! Me répondit ma grand-mère.
Je me contentais de cette réponse. Les années passèrent et les fêtes aussi. J'attendais toujours impatiemment les fêtes de Pâques, car à cette occasion ma grand-mère nous faisait des gâteaux. Ils sentaient bons la vanille, la cannelle et l'orange.
A la sortie de l'école, je me précipitais vite dans la cuisine et je ne ratais jamais le moment où elle pétrissait la pâte. Souvent j'avais droit à un morceau de pâte à brioche ; je confectionnais des petits bonshommes ou des demi-lunes. J'inventais des gâteaux aux formes bizarres et mon bonheur atteignaient son apogée lorsque mes petits bonshommes sortaient tout bronzés du four à bois.
Je ressens encore aujourd'hui toute cette douceur . Je sens aussi toutes ces odeurs qui me rappelle mon enfance .
Chaque année je complétais la collection d'oeufs sacrés du vendredi Saint.
J'avais dix ans, et c'était à moi que revenait le privilège d'aller chercher le premier oeuf . De bon matin, au chant du coq, j'allais vite dans le poulailler. Lorsque j'ai tenu pour la première fois, cet oeuf tout chaud, dans mes mains malhabiles ; je me suis sentie investie d'une mission